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Jumpcut

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Petit ou grand, l'essentiel est sur l'écran


Godzilla a t-il réussi son pari ?

Publié par Lionel F sur 16 Mai 2014, 11:49am

Catégories : #Avis

Godzilla 2014 était presque attendu comme le messie, à grands coups de trailers intrigants et inquiétants, et il promettait de mettre en pièces tous les films déjà réalisés sur le monstre radioactif le plus célèbre de la planète. Avant même qu'il ne sorte des eaux, on en tremblait déjà: un casting intéressant, des visuels apocalyptiques pour une ambiance de fin du monde calibrée XXXL... Godzilla 2014 parvient-il finalement à s'imposer comme LE long-métrage référence du genre? rien n'est moins sûr...

Godzilla a t-il réussi son pari ?

Les armes nucléaires ? même pas peur.

L'un des éléments les plus flippants des trailers, c'est de découvrir que le reptile géant ne craint pas les bombes atomiques. Voilà une mise en bouche qui, d'entrée de jeu, remet l'humain à sa place: si ça ne marche pas avec des suppositoires à haute énergie, y'a plus qu'à prier pour qu'un messie vienne nous sauver. Le problème, c'est que celui que quelques militaires on voulu dégommer c'est justement le messie en question. What the fuck? Godzilla is the messiah? ben ouais: que les choses soient claires dès le départ, le dieu-zilla sort de sa tanière afin d'aller mastiquer du parasite - un nouveau genre de saloperie intraterrestre qui consomme de l'énergie nucléaire comme d'autres les litres de coca, le tout en mettant en péril la civilisation. Ce à quoi on ne s'attendait pas, par contre, c'est que cette petite balade pouvait éventuellement faire l'affaire des humains: si un monstre traque l'autre, c'est déjà le signe que god will save us. En attendant on ne peut pas dire que la bestiole se soit trompée d'époque, parce qu'avec ce qu'on lui propose comme menu y'a de quoi se faire le banquet du siècle. Jusque-là, donc, rien de forcément négatif: on est ici au coeur d'une histoire mettant en scène des léviathans aussi hauts qu'un stade de foot, alors pourquoi pas un régime nucléo-protéiné? seulement voilà, la quantité ne fait pas toujours la qualité, et si Godzilla 2014 ne lésine pas sur les plans les plus évocateurs, ce n'est pas pour autant que tout cela est préparé avec goût.


Je suis ton père, il est notre sauveur.

Fallait bien que ça débute par une tragédie, n'est-ce-pas? le ton est donc donné: une famille américaine vivant au japon, dont le père et la mère travaillent dans une centrale nucléaire et qui, un beau matin, se font quelque peu malmener par une secousse qui n'a rien de tellurique. Ca remue, dans les entrailles de la terre, ça fulmine et ça pète très vite à la gueule du spectateur, avec une scène d'ailleurs fort dramatique et émouvante, qui ne laisse rien présager du désastre (scénaristique) à venir. Disons juste qu'avec la centrale qui s'effondre le ton est donné, et l'on ne reverra l'ingénieur Américain que quinze années plus tard, totalement obsédé par ce qu'il a vu sur quelques relevés sismographiques, et qui cherche à tout prix à découvrir la vérité. La première erreur scénaristique est là: voilà un homme que le réalisateur nous présente dès le début comme le régisseur en chef de la centrale en question, mais qui pendant quinze années se retrouve à essayer de rentrer comme un paria sur le site de l'incident. Pas d'enquête après cela? le gars, pourtant fort bien placé, a été oublié en cours de route? ben oui: afin de forcer la ligne dramatique du film, les scénaristes utilisent un raccourci aussi discret qu'un éléphant dans un magasin de porcelaine, et qui laisse déjà songeur. Pour ne rien gâcher (autant faire les conneries de la meilleure façon possible), on suppose sans grande surprise que le bonhomme en question a laissé son fiston se driver plus ou moins tout seul, et que ce faisant ce dernier est devenu un militaire spécialiste des explosifs, avec pour but plus ou moins avoué, je vous le donne en mille: la réconciliation avec le père. Le tout, bien sûr, au milieu du pétage de plombs d'un des parasites. C'est dramatique, mais surtout au niveau du manque d'originalité... que tout le monde se rassure, cependant, car rien n'est perdu: Godzilla, présenté comme le prédateur naturel des parasites en question, va traquer ces derniers sous le regard inquiet et rempli d'espérance des humains. Avec quelques dommages collatéraux, mais pour faire une bonne omelette, hein... allez hop premier round engagé, on passe au second.

Godzilla a t-il réussi son pari ?

Cloverfield rim.
On se doute bien que les parasites doivent avoir une sale gueule, et de ce point de vue les designers font plutôt dans l'étrange: c'est pas un cyborg, c'te bestiole qui fait mumuse avec un sous-marin nucléaire? fuck, ça a l'air aussi costaud que les robots de Pacific rim, mais le problème c'est que ça semble fonctionner au kérosène. Notez bien que ça bouffe des bonbecs à l'uranium, ces machins-là, mais c'est pas pour autant que ça doit se payer la gueule d'une mecha-mante religieuse... des formes trop anguleuses et modernes, une ligne qui se veut design et sauvage à la fois, et qui pour ce faire emprunte bien maladroitement à l'authentique saloperie qui zone d'une rue à l'autre dans le remarquable Cloverfield, en fait on ne sent rien d'antédiluvien et de réellement organique chez l'ennemi naturel du lézard géant qui lui, pour le coup, est infiniment plus crédible, à tout le moins si l'on adhère à son design d'origine, ce qui est un postulat inévitable lorsqu'on va voir un blockbuster issu de cette licence. En attendant, les parasites (de quoi d'ailleurs?) ne font même pas peur, ni au spectateur ni à Godzilla qui, du début à la fin du film, pêche par excès d'anthropomorphisme: ça gueule comme un combattant de world wrestling, ça bombe le torse et ça a même un regard humain. God save the zilla, cependant, le reptile ne se met pas à fumer un wagon en guise de cigare en plein milieu du film, même si après avoir décroché la tête de son adversaire il se barre. Alors quoi il chasse par jeu, comme certains humains? pas certain que Darwin lui-même y comprendrait quelque chose...


Le monde est en péril, surtout aux États-Unis.

Ok ok ça commence au Japon, la tour Eiffel se fait dégommer rapidos, mais ça se règle à l'ancienne dans un des stades géants du nouveau monde, à savoir une bonne grosse ville bien bondée. Et c'est justement là que ça commence à devenir tragi-comique car le réalisateur, en alternant scènes de nuit et de jour, casse la tension sous-jacente que certains de ses plans (Godzilla passant sous un porte-avions, par exemple) laissait pointer. On ne retrouve pas cette noirceur presque dramatique qui émanait des trailers, et qui donnait l'impression que tout était perdu. Au contraire, même, tout le combat qui a lieu n'est que le prétexte à une gigantesque démonstration de maîtrise technique visuelle (on ne peut pas nier que la réalisation est de haut niveau), qui ne s'embarrasse d'ailleurs pas de cohérence: un des parasites se planque dans une base du désert où sont stockés les déchets nucléaires, fait un cratère gros comme une montagne pour se barrer et rejoindre un des siens, mais les militaires sur place ne découvrent le pot-aux-roses qu'en pénétrant dans la base souterraine en question, juste histoire de balancer un plan large où, après qu'un des marines ait ouvert une porte, on découvre un trou béant donnant sur le vide, en lieu et place d'une salle confinée. Un effet de style maladroit qui trahit la volonté de taper dans l'oeil du spectateur, mais qui au final fait sourire: "what the fuck! a hole in the mountain?". Yep garçon, mais vu ce qui est déployé dans le ciel il est plutôt marrant de constater que les pilotes d'hélicos (quoi, y'a pas eu de survol de zone avant?) n'ont rien vu avant que vous n'alliez zieuter à l'intérieur... remarque, vous continuez bien à envoyer des avions canarder un malabar géant qui fout en l'air les systèmes électriques de tout le matos dispo', alors vous z'êtes pas à ça près, hein ...

Godzilla a t-il réussi son pari ?

Sans le sang.
Dans Cloverfield, qui reste la référence des films "monster-in-the-city", le côté gore n'est jamais très loin, et il est justifié non seulement par la façon de filmer, mais également par la nature même de l'envahisseur. Ok, les parasites de Godzilla se nourrissent d'énergie nucléaire, mais quelques corps postérisés sur l'asphalte des rues par des pattes de quelques centaines de tonnes n'auraient pas été de trop: d'accord je force le trait, mais c'est pour souligner le caractère presque consensuel des monstres du film. Le béton, le verre et la brique ça part vite en morceaux, pourtant on ne sent pas réellement le danger pour les humains qui se trouvent au milieu de ce ring d'un nouveau genre. On imagine qu'il doit bien y avoir quelques candidats au ciel sous les décombres, mais pour une raison qui m'échappe on ne voit pas grand-chose (rien?) de tout cela. Ca ne poserait aucun problème si le propos était uniquement de réunir des golgoths pour un tournoi de free fight en 3D, mais le souci c'est que le réalisateur, en insistant sur le fait que c'est la nature elle-même qui va régler un problème majeur (en quelque sorte "réveillé" par l'activité humaine) se contredit presque en jouant la carte de la pudeur: des bestioles de ce genre, grosses comme des montagnes, ça laisse des traces et pas seulement de la poussière... le catastrophisme auquel on pouvait s'attendre n'est pas présent, quand bien même certains plans nous montrent bien que les engins qui se mettent sur la gueule, c'est de l'ultra-lourd de chez méga heavy.


Ca joue bien, ou ça fait joujou?
Tout dépend des protagonistes. Ken Watanabe est plutôt convaincant, bien que la majeure partie de son interprétation consiste à mimer un chevalier du zodiaque se rendant compte qu'il n'a pas le dessus sur son adversaire: "Nanni?". Juliette Binoche est plutôt transparente (faut dire qu'elle n'a pas le temps de développer plus), quant à Bryan Cranston il incarne impeccablement ce scientifique désemparé, perdu entre la mort de son épouse et ce qui en est à l'origine, mais les scénaristes ayant décidé de lui couper le sifflet assez vite on ne saura jamais s'il aurait pu éviter au film son côté convenu. Les autres acteurs, Aaron Taylor Johnson en tête, proposent un jeu standard, ni bon ni mauvais (nippon ni mauvais niark niark niark), et font ce qu'ils ont à faire au milieu d'un scénario ne manquant pas de bonnes idées, mais mises en oeuvre avec la délicatesse d'un MUTO (et oui, c est le nom des bestioles géantes) se rendant à Buckingham Palace afin d'y prendre le thé. Une chose est en tout cas plausible, ce n'est pas ce film qui devrait recevoir un oscar pour la meilleure interprétation... côté bande-son, en revanche, la qualité est bel et bien au rendez-vous, les thèmes composés par Alexandre Desplat collant magnifiquement aux images. On peut même dire sans prendre de grands risques que la partition du monsieur évite au film de sombrer une bonne fois pour toutes dans les oubliettes.

Godzilla a t-il réussi son pari ?

Bilan catastrophique?

Oui et (un peu) non. Non, parce que les adeptes du "Visual only" vont en recevoir plein la cornée, et parce que le Godzilla en question reste tout de même très impressionnant à défaut d'être vraiment flippant. On ne peut pas nier que le réalisateur a tenté d'insuffler à la célèbre bestiole une certaine crédibilité, mais il utilise mal ce formidable joujou de quelques milliers de tonnes, et pêche par excès de fidélité: Godzilla se meut presque comme un ralenti de Matrix, et à une époque où la dynamique visuelle est l'un des garants de la réussite pour un film du genre (à ce sujet, les robots de Pacific rim semblent plus motivés que le monstre dont il est ici question), opter pour des mouvements corporels relativement lents (sûrement afin de souligner l'amplitude des gestes) se révèle finalement assez casse-gueule. Il aurait juste fallu que les géants se déplacent avec plus d'agressivité, de vitesse et moins d'emphase pour que le tout devienne subitement plus apocalyptique: imaginez l'équivalent de deux tigres géants se tapant mutuellement sur la gueule au milieu d'une ville qui, au vu de leur puissance, n'est pas plus gênante qu'un pré pour un homme, et l'on aurait de suite eu l'impression que les humains se trouvant au milieu de tout ce bordel ne représentaient pas plus qu'une fourmi. Là, le spectateur se serait vraiment senti tout petit. Mais le vrai problème se situe au niveau du discours qui sous-tend le film: un Godzilla qui retourne à l'eau avec, en fond d'image, le passage de deux F-22, c'est presque une insulte au discours du film lui-même; la nature reprend ses droits, mais "l'humaméricain" garde le contrôle, un état de fait plus ou moins évoqué lorsque les militaires décident de laisser les deux espèces se mettre sur la gueule au lieu d'employer des armes nucléaires qui, je cite, feraient "Passer la bombe d'Hiroshima pour un pétard.". Autrement dit tout au long du film il n'y pas pas de réel danger, l'homo sapiens se réservant la possibilité de faire péter le maximum d'atomes en cas de besoin. Du coup à quoi sert toute cette simili-intrigue? à faire passer un message écolo? autant mater un reportage, on ne va pas zieuter Godzilla pour autre chose que le plaisir Geekien de voir des monstres s'affronter. À faire frissonner le spectateur, alors? non plus, d'autant que là encore le scénario joue petit: dans les années cinquante on n'a pas pu dégommer Godzilla, ok, mais il a fallu attendre près de soixante ans avant de disposer d'une ou deux ogives capables de lui mettre une bonne fois pour toutes sur la gueule... mouais. On sait tous que la Russie a testé des Tsars bombas pendant la guerre froide, alors quitte à jouer avec les événements de l'histoire, peut-être eut-il mieux valu le faire jusqu'au bout: "Bon les mecs, on lui a mis la totale mais ça a pas suffi, du coup là on est vraiment dans la merde". Au lieu de ça, au lieu de réellement mondialiser la menace, l'homo militarus americanus se contente de mater si son champion désigné va réussir à se démerder ou pas, mais en plus de cela l'avatar de la nature qu'est Godzilla redevient l'objet manipulable de l'orgueil humain une fois qu'est évoquée la possibilité de le dégommer si besoin est. Ce film est presque une dénonciation malgré lui de la prétention impérialiste de tel ou tel peuple sur la nature, le plan réunissant ces foutus F-22 et Godzilla (qui repart d'ailleurs à l'eau sans plus rien casser - monsieur est un délicat!) enfonçant le clou... en somme l'homme se dédouane de son ineffable inconséquence, faisant plus ou moins profil bas le temps que dame nature fasse son office, en sa faveur cela va de soi... et après? tout le problème de Godzilla est là: nous avons plus ou moins généré un problème que la nature va savoir gérer, alors que de toute évidence la source du problème ça reste l'humain, et c'est bien ce que la version originelle des aventures du monstre soulignait avant tout. Il aurait fallu que l'humanité perde vraiment le contrôle (comme le laissaient sous-entendre les trailers), et en fin de compte elle le garde. Il aurait fallu éviter l'écueil pathologique de l'anthropomorphisme, mais le scénario s'échoue en plein dessus. Il aurait fallu une véritable panique mondiale, au lieu de cela on assiste à une sorte de huis-clos dans un espace compris un désert et un bord de mer... alors un petit conseil à tous ces réalisateurs qui, en se prenant peut-être pour des monstres sacrés du cinéma fantastique, finissent surtout par se mordre la queue: réalisez des clips, car en trois minutes de trailer tout est dit.

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miketigra 17/05/2014 00:57

Oh purée ! Mais quelle réalité parfaite et quel plaisir j'ai pris à lire tout ce compte rendu que je partage à 100%
Et aussi mdr quoi ! Purée t'as de l'humour en veux-tu en voilà Lionel ;-)

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